Pointe-à-Pitre n'est pas la préfecture de la Guadeloupe, c'est Basse-Terre, mais c'est la ville où bat le cœur économique et créole de l'archipel. Visiter Pointe-à-Pitre, c'est découvrir en quelques heures un patrimoine que les voyages balnéaires ignorent : halle aux épices, place de la Victoire, musées, puis le Mémorial ACTe face à la mer.
- Durée conseillée
- Une journée pour le centre historique et le Mémorial ACTe, une demi-journée si l'on se limite aux marchés et à la place de la Victoire.
- Meilleur moment
- Le matin en semaine, quand les marchés sont pleins et la chaleur encore supportable ; le dimanche, la ville se vide.
- Se déplacer
- À pied dans les ruelles de la vieille ville, en bus ou en véhicule pour rejoindre le Mémorial et repartir vers Le Gosier.
Pointe-à-Pitre, une ville à part dans un séjour en Guadeloupe
La ville est située sur Grande-Terre, au bord de la rivière Salée, ce bras de mer étroit qui sépare les deux ailes du papillon guadeloupéen. Basse-Terre, l'aile volcanique, commence de l'autre côté du pont. Cette position de carrefour explique tout : le port, les routes qui partent vers Sainte-Anne, Le Gosier ou la côte sous le vent, et l'aéroport Pôle Caraïbes, installé aux Abymes à quelques minutes du centre. Beaucoup de voyageurs traversent Pointe-à-Pitre sans s'y arrêter, entre le vol arrivé de France et l'hôtel, et manquent une expérience que les plages n'offrent pas. C'est dommage, car aucune autre ville de l'archipel ne raconte aussi bien son histoire.
Le centre historique est petit et se parcourt à pied. Son plan en damier date de la fondation de la ville au XVIIIe siècle, sur des terres marécageuses que l'on a assainies peu à peu. Le séisme de 1843 puis le grand incendie de 1871 ont détruit une large part des bâtiments d'origine ; la ville s'est reconstruite avec des maisons à étage, des balcons en fer forgé et des structures métalliques réputées mieux résister aux secousses. Cette architecture coloniale, parfois décrépie, parfois restaurée, donne au quartier son caractère authentique.
Il faut accepter la ville telle qu'elle est : bruyante en semaine, animée par le commerce, avec des façades en travaux et des rues étroites où la voiture avance mal. Ce n'est pas une destination balnéaire et personne n'y vient pour la plage. On y vient pour la vie locale, les marchés, la gastronomie créole et les lieux de mémoire. Quelques heures suffisent pour l'essentiel, et la visite complète bien un séjour consacré aux plages de Grande-Terre.
Que faire à Pointe-à-Pitre le matin : marchés et place de la Victoire
Le marché Saint-Antoine, la halle aux épices
Le marché Saint-Antoine occupe une halle à charpente métallique de la fin du XIXe siècle, au cœur de la ville basse. On y trouve les épices en vrac (colombo, bois d'Inde, cannelle, muscade), les fruits du pays, les punchs et les rhums arrangés en bouteilles, les madras et les paniers tressés. Les marchandes interpellent volontiers le visiteur, font goûter, expliquent l'usage de chaque mélange. L'ambiance est populaire et colorée, même si une partie des étals vise désormais les touristes. Comparer quelques stands avant d'acheter reste le meilleur conseil : les prix ne sont pas toujours affichés.
Le marché se visite tôt, dès l'ouverture, avant la chaleur de midi. Il fonctionne du lundi au samedi ; le dimanche, la plupart des commerces du centre sont fermés.
Le marché de la Darse et le bord de mer
Quelques rues plus bas, le quartier de la Darse borde le vieux bassin du port. Le marché aux légumes et aux fruits s'y tient sur le quai, à côté des pêcheurs qui vendent leur poisson à l'arrivée des bateaux, souvent en fin de matinée. C'est la partie la plus vivante de la visite : les vendeuses de jus de canne, les étals de christophines et de giraumons, les vedettes qui partaient autrefois vers Marie-Galante et Les Saintes. Les liaisons maritimes vers les îles partent aujourd'hui de la gare maritime de Bergevin, à proximité.
La place de la Victoire, le salon de la ville
La place de la Victoire ouvre sur la Darse. Son nom rappelle la victoire de 1794 des troupes de Victor Hugues sur les Anglais ; les grands sabliers qui l'ombragent dateraient de cette époque. Pendant la Révolution, une guillotine y aurait fonctionné. Autour, le kiosque à musique, les anciennes maisons de négociants et la sous-préfecture forment l'un des plus beaux ensembles de la ville. C'est le point de départ naturel d'une visite à pied, et l'endroit où l'on s'assoit à l'ombre entre deux étapes.
Musées et lieux historiques à visiter dans le centre
Le vieux Pointe-à-Pitre concentre trois lieux culturels qui se complètent. Les visiter dans la même journée permet de comprendre la Guadeloupe d'aujourd'hui, son histoire coloniale, l'abolition de l'esclavage et la naissance d'une culture créole qui a donné au monde des écrivains majeurs.
Le musée Schoelcher
Installé dans une maison du XIXe siècle de la rue Peynier, le musée porte le nom de Victor Schoelcher, le député qui fit adopter le décret d'abolition de l'esclavage de 1848. Il présente la collection d'objets d'art que Schoelcher a léguée à la Guadeloupe, des gravures, des documents sur la traite et l'esclavage. Le parcours est court et donne les repères historiques indispensables avant le Mémorial ACTe.
Le musée Saint-John Perse
Le poète Alexis Leger, connu sous le nom de Saint-John Perse, est né à Pointe-à-Pitre en 1887 et a reçu le prix Nobel de littérature en 1960. Le musée qui lui est consacré occupe une belle maison à structure métallique, typique de l'architecture créole de la fin du XIXe siècle, avec ses galeries et ses balcons ajourés. On y découvre des manuscrits, des photographies et la reconstitution d'un intérieur bourgeois pointois de l'époque. La maison elle-même vaut à elle seule le détour.
La cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul
On l'appelle cathédrale, même si le siège de l'évêché est à Basse-Terre. L'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul est surtout connue pour sa charpente métallique, posée après les séismes pour mieux résister aux secousses, ce qui lui vaut le surnom de « cathédrale de fer ». L'édifice a connu de longues périodes de travaux : vérifiez sur place s'il est ouvert à la visite lors de votre passage.
Le Mémorial ACTe, le grand musée de la traite et de l'esclavage
Le Mémorial ACTe, ou Centre caribéen d'expressions et de mémoire de la traite et de l'esclavage, ouvre ses portes en 2015 sur le site de l'ancienne usine sucrière Darboussier, dans le quartier du Carénage, face à la mer. Son bâtiment noir, couvert de facettes de granit et d'une résille argentée qui évoque des racines, se repère de loin depuis la route du port. L'exposition permanente retrace l'histoire de la traite et de l'esclavage dans la Caraïbe, des Amérindiens aux luttes du XXe siècle, avec des œuvres d'art contemporain et des témoignages.
Réservez une bonne partie de l'après-midi à l'exposition permanente, davantage si une exposition temporaire est présentée. Le site dispose d'un restaurant et d'une passerelle vers le morne Mémoire, un jardin sur la colline voisine. On le rejoint à pied depuis la vieille ville par le front de mer, ou rapidement en véhicule. Les horaires d'ouverture varient au fil de l'année : consultez le site officiel avant de vous déplacer. C'est la visite la plus forte, et la seule qui justifie à elle seule le voyage depuis Saint-François.
Organiser sa journée : quel lieu, combien de temps
| Lieu | Quartier | Temps à prévoir | Meilleur moment |
|---|---|---|---|
| Halle aux épices | Ville basse | Une petite demi-heure | Tôt le matin, en semaine |
| Étals des quais | Front de mer | Une demi-heure | Fin de matinée, retour des pêcheurs |
| Place de la Victoire | Port | Le temps d'une pause | À tout moment, à l'ombre des sabliers |
| Musée Schoelcher | Vieille ville | Visite courte | Matin, avant le Mémorial |
| Maison Saint-John Perse | Vieille ville | Visite courte | Fin de matinée |
| Mémorial ACTe | Carénage, front de mer | La plus longue étape | Quand le soleil tape, au frais des salles |
L'ordre le plus logique suit la chaleur : les marchés et la place de la Victoire au lever du jour, les deux musées du centre en milieu de matinée, un déjeuner créole, puis le Mémorial quand marcher en plein soleil devient pénible. Le soir, la ville se vide vite ; on repart dîner au Gosier.
Se déplacer à Pointe-à-Pitre et y garer sa voiture
La plupart des voyageurs arrivent en voiture depuis leur hôtel. Pour louer une voiture en Guadeloupe, les agences de l'aéroport sont les plus pratiques, et la route de Pointe-à-Pitre est directe. La vieille ville, en revanche, se prête mal à la circulation : rues étroites, sens uniques, embouteillages le matin et en fin de journée. Le plus simple est de laisser le véhicule dans un parking payant près du port, puis de tout faire à pied.
Sans voiture, les bus urbains de l'agglomération relient la ville aux communes voisines, dont Les Abymes et Le Gosier, et des taxis attendent près de la place de la Victoire. Les horaires des bus sont moins fiables le samedi après-midi et le dimanche. Depuis l'aéroport, le taxi met peu de temps hors embouteillages. Pour qui arrive par un vol depuis Paris et cherche comment aller en Guadeloupe et rejoindre son hébergement, Pointe-à-Pitre est souvent la première ville traversée : quelques heures de visite à l'arrivée ou au départ sont une bonne façon de l'intégrer au séjour.
Pointe-à-Pitre en pratique : dimanche, soirée, enfants
Peut-on visiter Pointe-à-Pitre le dimanche ?
Mal. La plupart des boutiques et la grande halle aux épices sont fermées, les rues sont désertes et la ville perd ce qui fait son intérêt. Le Mémorial peut rester ouvert selon la période : vérifiez son calendrier. Si votre séjour ne laisse que le dimanche, préférez la plage et gardez la ville pour un autre jour.
La ville est-elle sûre pour une visite ?
En journée, le centre historique, la Darse et le Mémorial se visitent sans difficulté particulière, avec les précautions habituelles d'une ville : sac fermé, rien de visible dans l'habitacle. Le soir, certains quartiers sont déserts et mal éclairés ; demandez conseil à votre hôtel sur les zones à éviter et ne vous attardez pas après la fermeture des commerces.
Est-ce une visite adaptée aux enfants ?
Les marchés plaisent aux enfants, pour les couleurs, les fruits et les jus. Les musées sont plus exigeants, et le Mémorial ACTe aborde des sujets durs ; l'exposition reste accessible à des adolescents, accompagnés. Avec de jeunes enfants, une demi-journée limitée aux marchés, à la place de la Victoire et aux quais suffit largement.
Faut-il prévoir de l'argent liquide ?
Oui pour les marchés : beaucoup d'étals n'acceptent pas la carte. Les musées, les restaurants et les boutiques la prennent en général.
Quelle est la meilleure période pour visiter Pointe-à-Pitre ?
La saison sèche, le carême, va en gros de décembre à avril : c'est la période la plus agréable pour marcher en ville, avec des températures un peu moins lourdes et peu d'averses. L'hivernage, de juillet à novembre, est plus chaud et plus humide, et correspond à la saison cyclonique ; les averses sont fortes mais souvent brèves. Pour une vue d'ensemble mois par mois, voyez la météo et la meilleure période pour aller en Guadeloupe.
Le carnaval change complètement le visage de la ville. De janvier au mercredi des Cendres, les groupes à peaux et les défilés envahissent les rues le dimanche, et Pointe-à-Pitre accueille les grandes parades des jours gras. C'est un moment inoubliable pour qui aime l'ambiance, mais la circulation y devient très difficile et les visites culturelles passent au second plan. En juillet et en août, la ville est plus calme et les musées moins fréquentés.
Où manger et que goûter pendant la visite
Déjeuner en ville fait partie de la visite. Autour du marché et de la Darse, les petits restaurants créoles et les « lolos » servent des plats du jour : colombo de poulet, court-bouillon de poisson, accras, boudin créole, avec du riz et des légumes du pays. Les jus frais (maracudja, goyave, canne) se boivent sur le pouce au marché. Pour connaître les spécialités avant de commander, les saveurs créoles de la gastronomie guadeloupéenne sont détaillées plat par plat, avec leurs ingrédients.
Les épices et les rhums achetés sur les étals font les meilleurs souvenirs à rapporter. Pour le rhum, préférez une bouteille d'une distillerie identifiée à un mélange sans étiquette, et pensez aux conditions de transport dans l'avion du retour vers la France. Le Mémorial dispose aussi d'un restaurant pour une pause sur place.
Street art, ruelles et activités pour explorer Pointe-à-Pitre autrement
Pointe-à-Pitre ne se résume pas à ses monuments. Les murs de la ville basse sont couverts de fresques : le street art y a pris une place visible, avec des portraits, des scènes de la vie créole et des motifs inspirés de l'histoire des Antilles. Flâner dans les ruelles entre la rue Frébault et les quais permet d'explorer ce musée à ciel ouvert, appareil photo en main. Le charme de Pointe-à-Pitre tient à ce mélange : façades coloniales abîmées, boutiques de tissus, odeurs d'épices et fresques récentes qui racontent la culture des habitants.
Pour qui préfère être accompagné, des guides locaux proposent des circuits commentés à pied dans le quartier historique, centrés sur le patrimoine, l'architecture ou l'histoire de l'esclavage. L'office de tourisme de l'agglomération renseigne sur ces visites guidées et sur les expositions en cours. Un bon guide transforme la promenade en véritable expérience : il montre les maisons emblématiques, explique les noms des rues et fait découvrir des lieux que l'on manquerait seul.
Côté activités de plein air, la ville sert de point de départ. La marina de Bas-du-Fort, à la sortie de Pointe-à-Pitre, accueille les loueurs de bateaux, les clubs de plongée et les départs d'excursion vers les îlets. Des sorties en kayak dans la mangrove du Grand Cul-de-Sac marin permettent aussi de profiter d'un autre visage de la Guadeloupe, entre palétuviers et lagon. Ces activités se combinent facilement avec une matinée en ville, au cours d'un même voyage.
Prolonger la visite autour de Pointe-à-Pitre
Une fois la ville parcourue, la côte sud de Grande-Terre est à quelques minutes. La plage du Gosier, face à l'îlet du Gosier et son phare, est la plus proche pour une baignade de fin de journée. Plus loin, la route continue vers Sainte-Anne, ses plages de sable blanc et ses restaurants les pieds dans l'eau, puis vers Saint-François et la pointe des Châteaux. Vers l'ouest, le pont de la rivière Salée ouvre la route de Basse-Terre : forêt tropicale, cascades et randonnée vers la Soufrière, à garder pour une autre journée.
Combiner la visite de Pointe-à-Pitre avec une demi-journée de plage est la formule la plus équilibrée. Le matin pour les marchés et l'histoire, le reste du temps au Mémorial ou sur le sable selon l'énergie de chacun : la capitale économique de la Guadeloupe se découvre mieux par petites touches qu'en une seule course.